Le personnel médical : le décès d’un·e collègue
Le personnel médical est confronté à la tâche parfois impossible de garder les blessé·es en vie tout en portant un flux continu de décès multiples. Le décès d’un·e collègue dont vous prenez soin peut avoir des effets dévastateurs. Il se peut qu’au début, vous ne reconnaissiez pas que vous êtes en deuil.
Plusieurs de ces personnes étaient mes camarades, c’étaient des gens que je connaissais. Le doute commençait à s’installer, et une fois que ma confiance en moi avait disparu, c’était une bataille inégale que de la retrouver. Chaque fois que je perdais quelqu’un, c’était une défaite qui me faisait vraiment mal. - Un·e vétéran·e des forces armées
Il peut être utile de vous rappeler que vous n’êtes qu’un être humain. Cela peut aussi vous aider à vous concentrer sur l’effet positif de votre présence et de vos compétences sur la vie des personnes dont vous avez pris soin.
Les soins que j’ai donnés aux combattants à titre de membre du personnel médical étaient meilleurs que s’il n’y avait eu personne pour les aider. Le meilleur de mes capacités est tout ce dont ils disposaient, et il faut que je sois fier de ce que j’ai fait dans ces moments-là. Ce que j’ai fait est mieux que de n’avoir rien fait. Alors je me disais : « J’ai perdu quelqu’un, c’était une journée merdique. Mais je dois accepter que parfois, le meilleur de moi-même n’est pas suffisant, parce que je ne suis pas Dieu. » - Un·e vétéran·e des forces armées
Être témoin des dernières paroles
Les membres du personnel médical peuvent avoir joué un rôle de « confesseur » pour les hommes et les femmes qu’ils ont accompagné·es. Vous avez pu devenir dépositaire des récits, des regrets, des secrets et des legs de vos collègues devenu·es vos patient·es.
J’étais là aux derniers instants de leur vie, mon visage est le dernier que bien des personnes ont vu, car personne ne meurt seul quand je suis de garde. - Un·e vétéran·e des forces armées
Le fait de porter en soi tant de dernières paroles et de derniers moments peut être douloureux et devenir une source d’isolement, mais on peut aussi y voir quelque chose de sacré, un grand honneur. La possibilité de transmettre ces derniers moments à la famille et aux proches de la personne peut aussi être une façon d’honorer sa mémoire.
Quand je fais ce genre de chose, je rends hommage à toutes ces vies, à tous ces collègues, à tous ces amis, et je me libère du fardeau d’être la seule gardienne de toutes leurs histoires. - Un·e vétéran·e des forces armées