Deuil et traumatisme

Mon père était mon héros, puis il est devenu une personne méchante, que je n’aimais pas du tout. Il agissait comme un idiot. Quand mes parents nous ont fait asseoir pour nous annoncer qu’il avait une BSO et qu’il recevait de l’aide tous les jours, j’ai commencé à comprendre pourquoi il avait changé et à voir qu’il s’efforçait de s’améliorer. Il n’y avait aucun soutien offert à la famille. Nous avons dû grandir avec ce problème-là. - Un·e membre de famille
J’ai répondu à un tas de questions de mes enfants : « Pourquoi papa regarde la télé quand elle est éteinte? » Je les encourageais à en poser, parce qu’il faut continuer d’interagir avec les enfants, sinon ils vont commencer à faire des scènes. - Un·e vétéran·e de la GRC

Quand un parent est aux prises avec des problèmes de régulation émotionnelle, des déclencheurs de traumatisme, une BSO, un TSPT, une dépression ou des crises d’anxiété, il est essentiel de maintenir des communications régulières avec les enfants et les ados de la famille et de les rassurer.

Les enfants ont souvent une conception démesurée de leur impact sur la famille. Il leur arrive souvent de s’attribuer à tort le blâme pour le comportement d’une personne. Par exemple : « J’ai oublié de mettre le recyclage dans le bac. C’est pour ça que papa m’ignore. Il ne m’aime plus.

Les enfants et les ados peuvent se sentir responsables d’améliorer une situation ou d’éviter de l’empirer. Il est important de leur dire que personne ne pense qu’ils agissent mal ou qu’ils ne font pas assez d’efforts pour vous aider.

Quand le deuil et le traumatisme sont cachés

Je ne sais pas si c’est parce qu’il n’aimait pas en parler; c’est juste qu’il [...] il n’en parlait pas [...] Et moi, je n’ai jamais eu le courage de lui poser des questions à ce sujet-là. Papa a deux bons amis qui sont morts là-bas. Sur un mur de la maison, il y a des photos de ces déploiements avec une espèce de brassard qui portait leur nom. Des fois, il ne disait plus rien et il avait besoin qu’on le laisse tranquille. Nous savions qu’il lui était arrivé quelque chose.

Il est fréquent que des membres des FAC ou de la GRC se dépersonnalisent et se déconnectent des événements traumatisants et stressants. Cela peut avoir pour but de protéger la personne même, son unité et sa mission, et de lui permettre de faire son devoir. S’il devient impossible pour la personne de « fermer » cette mesure de protection, celle-ci peut devenir un handicap pour le deuil et la réaction à la perte.

Il n’est pas rare qu’une personne adulte cache son deuil et son traumatisme à ses enfants pour les protéger de ce qu’elle ressent et de ce qu’elle vit, mais les enfants savent que quelque chose ne va pas. Cela peut les plonger dans la confusion. Ils voient et ressentent la douleur, mais, comme personne ne leur en parle ou qu’on leur dit que « tout va bien », ils peuvent finir par penser que c’est eux qui ont un problème, parce que personne d’autre ne voit ni ne ressent la même chose qu’eux.

Cette tactique d’autoprotection centrée sur le stoïcisme risque de compromettre la capacité des enfants à reconnaître une situation difficile et à apprendre à y faire face sainement.  Les membres de la famille doivent savoir que, quand un malheur survient, il n’y a pas de mal à se sentir mal.

Les enfants et leur compréhension du monde

Il est naturel de vouloir protéger nos enfants de la douleur émotionnelle et de croire en l’innocence de l’enfance. Les parents craignent souvent que l’information difficile et complexe soit préjudiciable à leurs enfants, surtout les plus jeunes, ou qu’ils soient incapables de la comprendre.

En réalité, ironiquement, si vous taisez cette information, un enfant pourrait conclure :

  • que ce qui se passe est si terrible qu’on ne peut même pas en parler.
  • que ce n’est pas l’affaire des enfants.
  • que ses parents ne lui font pas confiance.
  • qu’il lui est impossible de vous aider.

Quand les enfants et les ados ne comprennent pas quelque chose ou qu’il leur manque de l’information, ils tendent à inventer une explication de ce qui se passe autour d’eux. Le résultat est souvent plus effrayant que la réalité.

Si nous voulons que nos enfants soient capables de nous parler de n’importe quel sujet, nous devons trouver des moyens de leur parler des choses difficiles.

La présentation de l’information doit être adaptée à l’âge des enfants et se faire dans un environnement empreint d’amour, de confiance et de compassion.

Stratégies : Ce qu’on peut faire

Pour un parent, il est parfois difficile de savoir comment amorcer une conversation de ce genre, et vous pourriez craindre de dire ou de faire ce qu’il ne faut pas et d’empirer la situation. Ces inquiétudes sont naturelles et normales dans les circonstances. Il peut être aussi difficile pour les adultes que pour les enfants de parler d’un traumatisme.