La famille : les dommages collatéraux
L’heure du souper était probablement le pire moment de la journée, parce que mon fils criait et pleurait sans cesse. Il ne voulait pas manger, il jetait sa nourriture par terre. Une crise normale, n’est-ce pas? Les cris m’ont toujours fait mal, surtout ceux des enfants. Alors, pratiquement tous les jours à 17 heures, je savais que j’allais avoir un flash-back ou quelque chose du genre. Je me disais : « Ça s’en vient, attache ta ceinture! » - Un·e vétéran·e des forces armées
J’ai mis mes enfants à l’abri de ce qui se passait […] mais les enfants savent qu’il y a des choses qu’on ne peut pas dire ou faire, parce que c’est un déclencheur. - Un·e membre de famille
Tu portes un fardeau plus lourd que ce que tu peux supporter à ce moment-là. Ça peut être difficile de mettre le doigt sur ce qui t’arrive. - Un·e membre de famille
Si les familles sont éduquées assez tôt, nous pouvons comprendre les arcs et les déclencheurs, établir des limites avant d’entourer nos êtres chers de bulles et de passer tout notre temps à les protéger. - Un·e membre de famille
Quand une personne a vécu un traumatisme, elle peut avoir de la difficulté à interagir avec les autres comme elle le faisait auparavant. Cette situation peut affecter ses relations et risque de la dissuader de demander ou d’accepter de l’aide. Quand les membres de la famille tendent la main et qu’on les repousse, ils peuvent se sentir exclus, ce qui peut être une source d’épuisement, d’incompréhension et de sentiments de rejet et d’isolement.
Mon mari a reçu un diagnostic de BSO et de TSPT graves à la suite du traumatisme qu’il a subi dans l’exercice de ses fonctions dans la GRC. J’avais l’impression de vivre avec Jekyll et Hyde. Parfois, j’avais le Dr Jekyll devant moi, mais la plupart du temps, c’était Hyde, alors je ne le reconnaissais plus. Je ne voulais pas le connaître. Il était méchant, désagréable, il critiquait tout et il ne s’intéressait pas à moi. Il n’était pas la personne que j’avais épousée, pas la personne avec qui j’avais fait ma vie pendant, quoi, 18 ans. Parti, mais pas parti, tu vois? Évidemment que j’étais déprimée. - Un·e membre de famille
L’impact sur la famille ou sur la relation de couple dépend de plusieurs facteurs :
- la gravité de la BSO, du TSPT ou de la BSPT,
- la mesure dans laquelle la personne reconnaît ces difficultés et cherche à se faire aider,
- la mesure dans laquelle les partenaires peuvent discuter ouvertement de la situation et de ses effets,
- l’aide à laquelle la famille ou le partenaire a accès.
Voir aussi L'impact du service sur les familles.
La communication
Une culture du travail qui met l’accent sur la nécessité de garder ses expériences professionnelles pour soi afin de protéger sa famille peut mettre énormément de pression sur les personnes vétéranes et les inciter à masquer complètement leurs émotions. Les encouragements du conjoint à se confier peuvent être ressentis comme une pression supplémentaire.
La personne vétérane peut craindre :
- de perdre la maîtrise de soi et de ses émotions,
- d’être considérée comme « diminuée » aux yeux de son ou sa partenaire,
- de blesser ou de marquer son ou sa partenaire en lui racontant ses histoires.
La personne vétérane peut se sentir isolée, confuse et en plein conflit intérieur. Elle peut ressentir la perte de son sentiment d’identité, et se demander ce qu’elle est devenue et où tout cela va l’amener. Elle peut pleurer la perte de qui elle était avant ces difficultés et avoir du ressentiment envers la carrière militaire ou policière. Elle peut aussi avoir du ressentiment envers son conjoint qui l’encourage à ouvrir ce qu’elle perçoit comme une boîte de Pandore.
Ce que le conjoint peut ressentir
Évidemment, ces comportements traumatiques peuvent plomber la relation et être très bouleversants pour le conjoint. Ces comportements peuvent susciter la confusion et être blessants. Le conjoint peut :
- Se sentir dans le noir quand la personne ne lui parle pas de ce qu’il ou elle ressent.
- Avoir du mal à comprendre l’autre et se demander comment l’épauler.
- Avoir l’impression que l’autre a disparu.
- S’inquiéter ou s’alarmer quand des réactions traumatiques se produisent.
- Avoir des sentiments d’isolement, d’abandon et de jalousie si l’autre se tourne vers des collègues dans les moments difficiles.
Ce que les enfants peuvent ressentir
Si vous avez des enfants, il est important de leur parler franchement, en tenant compte de leur âge :
- Expliquer la blessure et ses effets sur le parent.
- Identifier les déclencheurs qui provoquent un comportement surprenant ou effrayant du parent.
- Insister sur le fait que les changements de comportement du parent ne sont pas la faute de l’enfant et qu’ils résultent plutôt de la blessure.
Voir aussi L’aide aux enfants victimes de pertes liées au service.
Plus de ressources
- Institut Atlas pour les vétérans et leur famille