Comment la personne vétérane peut vivre son deuil
En fait, le deuil est un phénomène normal. Ce n’est pas honteux; c’est prévisible. Faire son deuil, ça fait partie du cheminement, et ça mérite qu’on lui accorde le temps et l’espace nécessaires. C’est dur, mais ça nous rend beaucoup plus forts. – Un·e vétéran·e des forces armées
Tout le monde peut être endeuillé, mais le deuil est un processus très individuel. La réaction d’une personne au deuil et les moyens efficaces d’y faire face sont également des aspects personnels. On associe généralement le deuil à la mort, mais il est en fait une réaction à n’importe quelle perte. Si ce n’est déjà fait, nous vous invitons à lire Vivre avec la perte et le deuil.
Il n’est pas toujours facile pour les vétéran·es d’identifier et de reconnaître leurs pertes. La personne peut reconnaître qu’elle est endeuillée par la mort d’un·e collègue ou par le fait d’avoir été témoin d’événements horribles, mais elle ne reconnaît pas nécessairement le deuil associé aux événements non mortels : une séparation ou un divorce, la transition en fin de carrière, la retraite, les déménagements fréquents, le fait de n’avoir pas obtenu une promotion ou d’avoir été larguée par un·e ami·e.
On associe souvent le deuil à la tristesse et à la peine, mais vous avez peut-être remarqué chez la personne vétérane ou en vous-même que le deuil met en jeu une foule d’émotions surprenantes et conflictuelles.
Le deuil n’est pas qu’une affaire d’émotions. Il a aussi des effets sur :
- Les pensées
- Les comportements
- Les croyances
- Les relations
- Le corps (le moi physique)
Si le deuil est une conséquence courante de l’appartenance aux FAC ou à la GRC, il pourrait ne se manifester que des mois ou des années plus tard, souvent après la fin de la carrière.
Quand le deuil nous prend par surprise
Bon nombre de vétéran·es ont dû faire abstraction de leur deuil pour « finir le travail », pour leurs propres besoins, pour la sécurité de leurs collègues et pour la mission ou l’événement. On peut retarder le deuil, mais on ne peut pas le nier. Il peut se manifester quand le stress de l’emploi s’atténue, que la personne vétérane se sent en sécurité et qu’elle relaxe, ce qui se produit souvent après son départ à la retraite.
Les déclencheurs de deuil
Le deuil peut être déclenché par des odeurs, des sons, des images, des histoires et des événements de la vie, entre autres. Ces déclencheurs peuvent faire surgir, d’une manière soudaine et souvent inattendue, un éventail de sentiments de deuil.
Les événements dont la personne vétérane de votre vie a été témoin ou qu’elle a vécus peuvent avoir suscité une réaction traumatique. La personne peut être atteinte d’une blessure de stress opérationnel telle qu’un TSPT. Pour plus de détails à ce sujet, consultez Deuil et traumatisme.
Se sentir bien, c’est correct aussi
Vous êtes peut-être au courant que votre être cher a vécu des pertes ou des événements extrêmement éprouvants. Vous vous demandez peut-être comment la personne peut se sentir bien, et elle peut se poser la même question.
Un des gars qui m’avaient accompagné sur le théâtre des opérations m’a téléphoné. Il me dit : « Il faut que je te dise, mon gars, je ne fais pas de cauchemars, je n’ai aucun problème d’anxiété, je ne suis pas alcoolique, je n’abuse d’aucune espèce de substance. Est-ce que ça fait de moi une espèce de psychopathe ou de sociopathe? Personne n’a dit que c’était correct si rien de tout ça n’arrive. »
Alors j’ai recentré certains de mes efforts sur la conception d’un programme qui dirait aux gens : « Si tu n’as pas de problème, ce n’est pas un problème. » - Un·e vétéran·e des forces armées
La reconnaissance du fait que c’est correct de ne pas se sentir bien a marqué une avancée importante dans l’aide aux vétéran·es à faire face au deuil et à la perte. Mais il est tout aussi important de savoir que tout le monde ne réagit pas de la même façon aux deuils ou aux traumatismes associés au service militaire ou policier. Se sentir bien, c’est correct aussi.