Le coût du silence pour la relation
Il y a des sujets bien trop difficiles pour qu’on en parle. De toute façon, je ne veux pas apporter ça à la maison. C’est le boulot, tu sais? Je veux garder une séparation entre le boulot et la maison.
Éviter de discuter de ses sentiments et de ses expériences marquantes peut entraîner des difficultés dans les relations du couple. Il peut être tentant pour chaque partenaire de faire du comportement de l’autre une affaire personnelle. Vous pourriez en arriver à vous reprocher mutuellement votre solitude et votre deuil, plutôt que de reconnaître que ce sont les retombées du service actif.
Plusieurs raisons peuvent inciter les membres actifs ou à la retraite des FAC et de la GRC à éviter de parler de leur vie professionnelle : se protéger soi-même et protéger sa famille figurent au sommet de la liste.
Se protéger soi-même : je ne peux pas en parler
Souvent, quand un·e agent·e de la GRC est appelé·e sur les lieux d’un accident de la route, ou qu’un·e soldat·e participe à une action qui fait des victimes ou qui occasionne d’autres traumatismes, la personne refoule ses émotions pour faire son travail. Même après plusieurs années, les situations les plus éprouvantes peuvent être les plus difficiles à raconter.
C’est la pire fusillade dont j’aie jamais été témoin. Je m’efforce de ne pas y penser. La dernière chose que je voudrais, c’est raconter cette horreur à mon mari. - Un·e vétéran·e de la GRC
L’intériorisation répétée des expériences professionnelles et des émotions difficiles peut se manifester dans une relation sous la forme d’un déclin de la communication. Le ou la partenaire et la famille peuvent se sentir exclu·es en voyant que la personne est en difficulté.
Protéger la famille : c’est mon fardeau
La carrière militaire ou policière peut nous attirer dans une culture qui dissuade les gens de parler de leurs difficultés. On peut accorder de la valeur à la protection de son ou sa partenaire à la maison, que cette personne fasse ou non partie des FAC ou de la GRC. On peut croire que les détails pénibles seront un fardeau pour elle et qu’ils risquent de la traumatiser (c’est ce qu’on appelle le traumatisme vicariant). Le souci de protéger son entourage est une impulsion courante et, souvent, une source d’admiration chez les militaires et dans la GRC, mais elle peut être préjudiciable à une relation.
Gérer les limites : Épargne-moi les détails
Je ne sais pas comment elle fait pour supporter tout ça. Moi, j’en serais incapable. Je veux être là pour elle, je peux lui tenir la main, lui faire une bonne tasse de thé, lui verser un verre de vin. « Mais je t’en prie, épargne-moi les détails. » - Un·e membre de famille
Le ou la partenaire peut établir des limites quant aux aspects du service qui pourront être abordés. Cette personne peut avoir dit clairement qu’elle ne veut pas entendre parler de tragédies ou de bains de sang. Il est important de faire preuve d’ouverture à ce sujet, de déterminer de quoi on peut parler, quels sujets éviter, et de trouver ensemble à qui la personne vétérane pourrait parler ouvertement de ses problèmes.
Maintenir les perceptions : je ne suis pas un monstre
La personne vétérane peut hésiter à parler de ce qu’elle a dû faire dans l’exercice de ses fonctions parce qu’elle veut que son ou sa partenaire ait une bonne opinion d’elle.
En fin de compte, tu ne veux pas que les gens que tu aimes pensent que tu es dangereux, que tu es un monstre. - Un·e vétéran·e des forces armées
Quand les deux partenaires servent leur pays
Deux partenaires qui sont ou ont été membres des FAC ou de la GRC peuvent se comprendre davantage, reconnaissant que chacun·e est « passé·e par là ». Je pense que ça a été plus facile pour nous autres.
Comme nous étions un couple de policiers, nous pouvions discuter des enjeux du métier sans jugement ni colère. - Un·e vétéran·e de la GRC
Parfois, le désir de protéger l’autre persiste (« elle en a tellement vu elle-même »), ce qui peut mener aux mêmes difficultés.
Il se peut aussi que la quantité de traumatismes, de stress et de deuils vécus par chaque partenaire ne lui laisse guère d’énergie pour soutenir l’autre.
Ce que la personne vétérane peut éprouver
Le ou la vétéran·e peut se sentir très vulnérable et craindre les perceptions que susciterait le récit de ses expériences éprouvantes et de ses sentiments puissants et difficiles à supporter.
La personne n’a peut-être pas eu d’exutoire évident et sûr pour ses problèmes. Si elle n’a personne à qui parler, elle risque de se sentir isolée, et il lui sera plus difficile de traiter son deuil.
Ce que le conjoint peut ressentir
C’était épouvantable. Je me sentais abandonnée. Je me disais : « Je suis toute seule, je ne compte pas, je ne suis pas une priorité. » - Un·e membre de famille
Le stoïcisme et le silence peuvent vous avoir profondément affecté·e. On peut alors :
- Avoir du mal à comprendre l’autre et se demander comment l’épauler.
- Vous inquiéter et même vous alarmer de voir ses réactions au deuil et aux traumatismes.
- Vous sentir exclu·e et laissé·e dans le noir.
- Avoir l’impression que votre partenaire a disparu.
- Avoir des sentiments de rejet, d’isolement, d’abandon, de frustration.
- Éprouver du ressentiment ou de la jalousie si votre partenaire se tourne vers d’autres personnes pour avoir de l’aide.
- Vivre la perte de la relation que vous viviez auparavant.